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99% de la population mondiale respire un air délétère pour la santé
7 avril 2022
Cédric
Cédric

Il y a quelques mois une étude montrait que le taux de produits chimique dans l’atmosphère avait franchi un point de bascule. Ce mercredi 6 avril un rapport de l’OMS annonce que 99% de la population mondiale respire un air délétère pour la santé, dont 80% se trouve en régions urbaines. 

Résumé

La base de données de l’OMS sur la qualité de l’air compile des données sur les mesures au sol des concentrations moyennes annuelles de particules et de dioxyde d’azote (NO2). Les données compilées sont utilisées comme des entrées pour compléter l’indicateur 11.6.2 des objectifs de développement durable sur la qualité de l’air dans les villes et 3.9.1 sur la mortalité due à la pollution de l’air, pour lesquels l’OMS est l’agence dépositaire.

Ce cinquième rapport, bâti à partir des bases de données de l’OMS sur la qualité de l’air – la plus grande du genre -, couvre plus de 6 000 villes/établissements humains, dans 117 pays, et indique où les niveaux de pollution de l’air et les risques sanitaires associés sont les plus élevés. Ce nouveau rapport fait un focus sur les particules (PM) de diamètre inférieur à 2.5 µm et 10 µm (respectivement PM2.5 et PM10) mais aussi sur le NO2, une molécule qui n’était pas étudiée dans les rapports précédents. L’ajout des mesures de NO2 contribuera à plus long terme (I) à sensibiliser le public à ce polluant, souvent utilisé comme indicateur de la combustion de carburant, en particulier du trafic en milieu urbain ; (II) à améliorer le suivi des politiques visant à réduire l’exposition à la pollution atmosphérique ; et (III) à améliorer les recherches pour estimer l’exposition mondiale au NO2.
graph OMS villes air pollution
Depuis 2011 le nombre de villes étudiées dans la banque de donnée de l’OMS a sextuplé.
map OMS PM2.5
Emplacements des agglomérations pour les données sur les concentrations de PM2,5, 2010-2019. Notons que l’Afrique, la Russie et l’Amérique du sud semblent sous représentées.
Les PM proviennent de nombreuses sources différentes tels que les transports, les centrales électriques, l’agriculture, la combustion des déchets, l’industrie et des sources naturelles. Elles peuvent être issu d’émission direct ou le produit de réaction chimique dans l’atmosphère. Ces particules, notamment les PM2.5, peuvent pénétrer dans les poumons et entrer dans la circulation sanguine, provoquant des maladies cardiovasculaires, des AVC et des maladies respiratoires. Il est aussi à noter que le NO2 contribue à la formation de l’ozone et que sa réduction permettrait à la fois de lutter contre le changement climatique et d’améliorer la santé des populations, de la même façon que le rapport Lancet 2019 avait étudié les deux questions ici et . Le NO2 augmente le risque de développer de l’asthme infantile. Il a également été associé à un poids plus faible chez les nouveau-nés, ainsi qu’à des maladies cardiovasculaires, même en cas d’exposition à court terme. L’OMS indique que 4,2 millions de personnes meurent d’exposition à la pollution de l’air extérieur, en plus des 3,8 millions dont les décès sont liés à la fumée domestique produite par des poêles et des combustibles sales.
Alors que les pays en développement luttent encore davantage contre les particules fines que les pays riches –les niveaux les plus élevés enregistrés de PM10 sont en Inde et de PM2.5 en Chine – une différence qui reste flou claire en ce qui concerne le NO2. À l’échelle mondiale, seulement 23% des habitants des 4 000 villes ont mesuré des niveaux de NO2 respiratoires conformes aux directives de sécurité de l’OMS, avec les concentrations les plus élevées retrouvées en Méditerranée. Le mois dernier, un autre rapport à grande échelle sur la qualité de l’air de la société suisse IQAir est parvenu à des conclusions similaires, concluant qu’aucun pays ne respectait les directives de l’OMS sur la qualité de l’air pour les PM2.5 en 2021. A PM10 Seul 10 % des villes étudiées ont une qualité de l’air en accord avec les recommandations de l’OMS et 23 % en ce qui concerne le NO2. Le rapport IQAir met à disposition une carte interactive des PM2.5 dans le monde si vous voulez vérifier la qualité de l’air de votre région ou ville.
figure OMS
Pourcentage d’établissements évalués conformes aux directives de l’OMS sur la qualité de l’air (AQG) et cibles provisoires pour la moyenne annuelle des PM (IT1-4) selon les régions ou le revenu.

En Europe

L’Europe représentait 42 pays en 2021 et un total de 1 588 villes (voir sur le site pour le détail des pays inclus). Les concentrations moyennes de PM2.5 dans cette région vont de 5,5 µg/m³ en Finlande (classé au niveau mondial 113) à 35,2 µg/m³ au Monténégro (classé au niveau mondial 16). Les données de concentration de PM2.5 pour 2020 et 2021 étaient disponibles pour 39 pays européens. En 2021, la qualité de l’air s’est améliorée dans 14 pays et a diminué dans 25 pays par rapport à 2020. À l’échelle de la région, seules 55 villes ont pu respecter la recommandation annuelle de 5 µg/m³ pour la qualité de l’air PM2.5 de l’OMS. Le Royaume-Uni comptait dix villes atteignant la ligne directrice, plus que tout autre pays de la région, suivi de la Finlande, dont huit villes avaient atteint la ligne directrice.
L’augmentation des niveaux de PM2.5 a été signalée comme le risque environnemental le plus grave pour la santé en Europe, même si les émissions ont considérablement diminué au cours de ce siècle. Les parties nord et ouest de l’Europe ont des niveaux de PM2.5 plus élevés que l’Europe du sud et de l’est en raison de la combustion de charbon et de biomasse pour le chauffage dans les pays qui connaissent des mois d’hiver longs et froids.
Un été de chaleur record dans le sud de l’Europe et le centre de la Russie a généré d’immenses incendies de forêt en 2021. Les pays européens touchés s’étendent de l’Espagne à la Turquie. Les citoyens d’Athènes ont même été invités à rester à l’intérieur en raison des niveaux élevés de polluants atmosphériques. La Russie a subi sa plus grande saison de feux de forêt jamais enregistrée, contribuant grandement aux niveaux mondiaux sans précédent d’émissions de CO2 produites par le feu.

 

Un résumé détaillé de chaque région est disponible sur le site.

Recommandations

Le rapport propose aussi des recommandations individuelles tels que réduire les activités à l’extérieur lorsque la qualité de l’air est mauvaise et portez un masque respiratoire KN95, N95 ou FFP2. Empêchez l’air extérieur de pénétrer dans les maisons et les espaces de travail en fermant les portes et les fenêtres et en réglant les systèmes de climatisation en mode de recirculation. Utilisez des filtres à air et des systèmes de purification de l’air dans la mesure du possible. Suivez les rapports en temps réel sur la qualité de l’air pour rester informé et en sécurité. Dans la mesure du possible, chauffez les maisons et cuisinez avec des poêles à gaz ou électriques plutôt qu’avec des poêles à bois. Lorsque la qualité de l’air extérieur s’améliore, même brièvement, aérez les espaces intérieurs en ouvrant les fenêtres et en réglant les systèmes de climatisation sur l’admission d’air frais.
A l’échelle politique le rapport propose d’adopter une législation pour encourager l’utilisation de véhicules à air pur à des fins personnelles et industrielles, investir dans des sources d’énergie renouvelables, offrir des incitations financières, telles que des programmes de reprise, pour limiter l’utilisation des moteurs à combustion interne et fournir des subventions pour encourager l’utilisation de moyens de transport à batterie et à propulsion humaine. Il est aussi possible de développer les transports publics, construire des infrastructures supplémentaires pour favoriser la circulation des piétons et des cyclistes, renforcer et appliquer les limites d’émission pour les véhicules et l’industrie, adopter de nouvelles normes de qualité de l’air basées sur les lignes directrices 2021 de l’OMS sur la qualité de l’air, mettre en œuvre des stratégies de gestion forestière pour limiter les incendies de forêt et Interdire le brûlage agricole et de la biomasse.

 

Conclusions

Les deux rapports indiquent donc que nous sommes presque tous confrontés à un risque accru de maladie cardiaque, d’accident vasculaire cérébral, de maladie pulmonaire et de cancer à cause de ces polluants. L’OMS estime que la pollution extérieure était responsable d’environ 4,2 millions de décès prématurés en 2016, et ce, uniquement à cause des PM2,5. Malgré tout, de nombreuses villes chinoises ont montré une amélioration de la qualité de l’air l’année dernière. Les pays en développement sont confrontés à des défis supplémentaires concernant les feux de cuisine et de chauffage, ainsi que l’industrie. Les feux de forêt comme on en avait parlé dans les articles sur l’Incendie de Biebrza et les vagues de chaleurs, sont de plus en plus grands et commun et libèrent de hauts niveaux de PM2.5.
« Les préoccupations énergétiques actuelles soulignent l’importance d’accélérer la transition vers des systèmes énergétiques plus propres et plus sains », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Des paroles difficiles à contredire au moment où la troisième partie du GIEC est publiée, expliqué par science et avenir ici, annonçant que nous avons 3 ans pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre (après quoi il sera trop tard pour limiter le réchauffement à +2 degrés d’ici à 2100, avec des conséquences que nous avons détaillé sur la santé, la résilience, un exemple de biodiversité et de point de bascule de l’amazonie).

 

A quelques jours de la présidentielle en France, l’arrivé de ces rapports résonne comme une nouvelle mise en garde, encore un peu plus glaçante.

 

 

Point sur la méthode

Les principales sources de données étaient les rapports officiels des pays envoyés à l’OMS sur demande, et rapports dans le cadre du projet Global Burden of Disease. Pour le NO2 les auteurs se sont appuyés sur les données de la littérature. La donnée utilisée pour une localisation était toujours la plus récente disponible. Lorsqu’elles étaient disponibles, les moyennes des villes et villages déclarées dans les sources originales ont été incluses. Lorsqu’une moyenne n’a pas été fournie, les données de la station de surveillance éligible dans la ville ou le village ont été moyennées.
Les auteurs ont aussi identifié certaines limites à cette étude tel que les différences de méthode de mesure et de temps d’acquisition (notamment en raison des différence saisonnières), des données de différents pays étaient disponibles pour différentes années, des différences de tailles entre les zones analysées, limitation linguistique et hétérogénéité dans la qualité des mesures.

 

Références

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